![]()

STATUTS ET USAGES DE LA LANGUE
Le rapport à la langue qu’entretiennent les différentes parties de la population opère comme un marqueur de catégories sociales. Les retraités et les paysans ont une forte conscience de l’occitan : parler occitan, c’est en quelque-sorte parler de soi. Les classes moyennes ont une faible citation spontanée ; leur compréhension de la langue est bien inférieure à celle des retraités et des paysans. Alors que ces derniers tendent à maintenir une transmission de la langue par la parole familiale, les classes moyennes l’ont appris optionnellement à l’école. Les cadres et les étudiants n’ont pas ou presque pas de compétence linguistique. Pour eux, citer l’occitan, c’est se placer dans le paysage de la région, manifester un savoir.
L’usage de l’occitan opère une forte différenciation entre les générations. Une enquête de HAMMER et GARDY datée de 1995 révèle que pour la population de moins de 34ans, la compréhension ne dépasse pas 14%. Seulement 5% peuvent tenir une conversation et moins de 2% emploient leurs compétences linguistiques. Pour cette jeune génération, l’occitan est une langue presque absente, celle des personnes plus âgées.
Il est également intéressant de relever une forte différence de comportement, face à l’occitan, entre les hommes et les femmes. Nous pourrions le définir comme la langue des hommes. Leur compétence est plus élevée. Les femmes qui savent parler le font rarement même dans des occasions de complicité féminine. A l’inverse, les hommes utilisent fréquemment l’occitan dans les lieux de convivialité masculine, à la chasse, au café.
Le milieu rural se présente comme un conservatoire de l’occitan. Les personnes qui comprennent l’occitan y sont plus nombreuses que celles qui ne le comprennent pas. L’usage de la langue y est quotidien ou fréquent. Dans le monde urbain, on trouve une minorité «occitanophone». Les occasions de parler occitan y sont très réduites par rapport à la campagne. Elles ne sont pas pour autant dépourvues de paroles occitanes : c’est un «occitan urbain» qui se rapproche du français.
Il existe par ailleurs une marginalité de l’écrit : seulement 2% savent écrire l’occitan. Ce phénomène semble renvoyer à des rapports anciens que la population entretenait avec la langue. On utilisait l’occitan pour exclure le français, dans des textes festifs par exemple qui appelaient un attachement affectif ou dans des textes revendicatifs.
L’occitan a perdu tout caractère officiel mais il est perçu comme un bien personnel. Il engage des individus avec une forte composante affective et sociale. Il est le symbole de toute culture tant historique que personnelle.
Oeuvre déposée à la Société Suisse des Auteurs sous le n° CH02839 en date du 16 mars 2004 |